VARIATIONS D'APRES LES MENINES, PICASSO (1957, Museu Picasso de Barcelone)

Retour à l’Espagne du Siècle d’or

Vélasquez est sans conteste une référence absolue de la peinture pour Picasso. Il n’a jamais cessé d’affirmer que pour lui Vélasquez avait été le meilleur maître espagnol de tous les temps. Outre les déclarations publiques à ce sujet, il existe un grand nombre de références à Vélasquez dans l’œuvre de Picasso même si elles n’ont jamais eu le caractère explicite, systématique et même obsessionnel que dans la série Les Ménines qui représente sa façon de rechercher le secret de l’illustration artistique et de la partager au moyen de la confrontation.
Picasso s’attaque donc aux Ménines, chef-d’œuvre de l’artiste officiel de Philipe IV, tableau-miroir, tableau-piège, jeu de reflets, inversion des rôles entre les regardés et le regardant, véritable « théologie picturale » selon Luca Giordano (artiste italien du XVIIe siècle).
Dès le début de la série, même s’il se modère encore, Picasso prend des libertés énormes : des détails sont redimensionnés et d’autres « requalifiés ». Chez Picasso, l’axe fondamental est formé par un Vélasquez démesuré et par l’infante Marguerite vue comme un réceptacle de lumière dont il inverse la brillance traitant à sa guise les reflets lumineux de l’original.



« Mes Ménines »

« Supposons que l’on veuille copier Les Ménines […], si c’était moi qui entreprenais ce travail, […] je me dirais : qu’est-ce que cela donnerait si je mettais ce personnage-là un peu plus à droite ou un peu plus à gauche ? […] Cette tentative m’amènerait certainement à modifier la lumière ou à la disposer autrement, du fait que j’aurais changé un personnage de place. Ainsi, peu à peu, j’arriverais à faire un tableau Les Ménines qui, pour un peintre spécialiste de la copie, serait détestable ; ce ne seraient pas Les Ménines telles qu’elles apparaissent pour lui sur la toile de Vélasquez ; ce seraient mes Ménines… »
Du 17 août au 30 décembre 1957, enfermé dans les pièces vides du second étage de La Californie, Picasso exécute 58 tableaux dont 44 Ménines, 9 pigeons, Le Piano, trois paysages et un portrait de Jacqueline.
La première version contrairement à la série des Femmes d’Alger est la plus fidèle et la plus aboutie. A part le format, passé de la verticale à l’horizontale, tous les éléments du tableau original y figurent. Le peintre à gauche, immense, est quasiment fondu dans son chevalet. Plus on avance vers la droite, plus les personnages se schématisent et perdent de leur substance.
Picasso fait coïncider sur la même toile diverses écritures picturales, qu’il développera tour à tour pour privilégier finalement une facture simple et dépouillée faites d’écrans de couleur et de gros traits géométriques. Le noir et blanc lui permet de structurer l’espace, d’étudier l’emplacement des figures.
Les couleurs ne viennent qu’après dans les versions suivantes, à base de rouge, vert et jaune. Picasso pousse alors la variété des styles, passant de facettes imbriquées multicolores à un dépouillement matissien. Il tente également de suggérer la profondeur de l’espace (la perspective) par de nombreux écrans, rectangles, portes et fenêtres qui quadrillent la composition.
Picasso concentre une partie de son travail de variation sur l’infante, dont il fait le personnage central. Seule, en buste ou en pied, accompagnée ou non de ses ménines, elle est traitée alternativement en formes simplifiées, en à-plats, ou en traits nerveux et superposés.
Le travail d’autopsie au cours duquel Picasso analyse, dissèque et recompose l’œuvre de Vélasquez lui apporte une grande liberté de style qui lui permet de poser les jalons du futur style tardif : signes schématiques pour les mains et les pieds, graphisme enfantin que l’on retrouve dans la série Le Peintre et le modèle (entre 1963 et 1965), écriture barbouillée et informe, faite de gros traits nerveux telle qu’elle apparaît dans Les Ménines du 17 novembre (n°VI).

Objectifs pédagogiques

« Arts, ruptures, continuités » pour les élèves de collège (niveau 3ème). L’étude portera ici sur le dialogue entre les maîtres anciens et les artistes contemporains.
Pour les lycéens, l’analyse de ce cycle des variations peut amener à réfléchir  sur les étapes de créations ou comment l’artiste évolue stylistiquement et réinterprète à sa manière un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art (« Arts, contraintes, réalisations », L’art et les étapes de la création).

Ce que les élèves doivent voir (à partir de leurs observations et de vos questions !)

Vélasquez peignant et regardant le spectateur, l’Infante et ses Ménines, l’homme sortant en arrière-plan, les variations stylistiques, les jeux de couleurs, la lumière.

Ce qu’ils doivent retenir en quelques mots-clés

Le travail de variation, la lumière, le traitement de la perspective, le dépouillement des dernières œuvres du cycle.

Pour prolonger la séance…

Les Ménines « revues » par Equipo crónica et/ou au service de la publicité avec la campagne du Corte Inglés « Bienvenido donde la moda es arte » et la promotion de Madrid 2016 (Jeux Olympiques).

11 commentaires:

  1. Une collegienne qui travaille sur les ménines20 mai 2012 à 12:37

    ça manque un peu de photo mais sinon c'est bien expliqué et détaillé, bravo!

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  2. je passe mon histoire des arts dans la semaine, heureusement que je suis tombé sur ce site! très bien expliqué.

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    1. moi aussi !!! mersiii bcq

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  3. Merci avec une ouverture sur les Ménines de septembre 1957 ça serai encore mieux (en tout cas pour moi)
    Merci qd même!!! ;)

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  4. Les menines de picasso ne ressemble pas a sa ^^

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