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MARTIN PARR, SO BRITISH!

Depuis une trentaine d’années, Martin Parr pose son regard incisif – mais jamais cruel – sur les us et coutumes des européens dans un monde en pleine mutation. Il étudie les effets de la mondialisation sur les comportements ; examine les moindres détails de la société, tout en proposant une vision globale de celle-ci. Il se nourrit également de toutes les déceptions que nous, ses sujets, lui infligeons.

Un avenir tout tracé…

Né en 1952 à Epsom en Angleterre, Martin Parr affirme avoir toujours su qu’il deviendrait photographe. Son grand-père n’y est sans doute pas étranger. Amateur éclairé, c’est avec ses encouragements que Martin réalise ses premiers clichés. Martin Parr a grandi dans les Home Counties, banlieue londonienne. La photographie qu’il réalise en 1972 d’Epsom rend hommage d’une certaine manière à son père, fonctionnaire, qui effectuait quotidiennement l’aller-retour vers la capitale.

SMALL WORLD, Martin PARR (à partir des années 1980)

La série Small world que Martin Parr commence dans les années 80 est consacrée au tourisme international, l’industrie du loisir. Dans l’introduction de l’ouvrage tiré de cette série, il est mentionné que si l’industrie du tourisme était un pays, ce serait le troisième plus grand au monde. Martin Parr s’intéresse plus particulièrement aux conventions et aux maladresses des photographies touristiques. On rencontre ainsi le portrait-type du visiteur devant l’attraction principale, généralement un site, une voiture, ou encore des amis lors d’une fête. La photographie et l’acte de photographier font partie intégrante de la visite car la photo est une trace de ce qui est arrivé.
Les biens matériels, les idées de liberté et de culture, le fait d’avoir assez d’argent pour croire qu’on en profite constituent le thème général des images de la série.

Quand l’absurde s’invite…

Martin Parr s’intéresse notamment dans cet ouvrage à l’absurde qui s’invite parfois sur les clichés anonymes. L’ombre d’une silhouette apparaît sur l’image ou encore le sujet est entouré de détails qui n’auraient pas dû figurer. Parmi les photographies de Parr sur cette thématique, on peut citer l’exemple de la prise de vue ratée de Stockholm. Sur ce cliché, l’imposante statue de la place centrale de Stockholm est associée à la chevelure rousse et bombée d’une femme et à l’apparition de fumée s’échappant de son sac. Martin Parr avait malicieusement repéré cette cocasserie. Le sac semble prendre feu sans que personne ne s’en offusque !

VARIATIONS D'APRES LES MENINES, PICASSO (1957, Museu Picasso de Barcelone)

Retour à l’Espagne du Siècle d’or

Vélasquez est sans conteste une référence absolue de la peinture pour Picasso. Il n’a jamais cessé d’affirmer que pour lui Vélasquez avait été le meilleur maître espagnol de tous les temps. Outre les déclarations publiques à ce sujet, il existe un grand nombre de références à Vélasquez dans l’œuvre de Picasso même si elles n’ont jamais eu le caractère explicite, systématique et même obsessionnel que dans la série Les Ménines qui représente sa façon de rechercher le secret de l’illustration artistique et de la partager au moyen de la confrontation.
Picasso s’attaque donc aux Ménines, chef-d’œuvre de l’artiste officiel de Philipe IV, tableau-miroir, tableau-piège, jeu de reflets, inversion des rôles entre les regardés et le regardant, véritable « théologie picturale » selon Luca Giordano (artiste italien du XVIIe siècle).
Dès le début de la série, même s’il se modère encore, Picasso prend des libertés énormes : des détails sont redimensionnés et d’autres « requalifiés ». Chez Picasso, l’axe fondamental est formé par un Vélasquez démesuré et par l’infante Marguerite vue comme un réceptacle de lumière dont il inverse la brillance traitant à sa guise les reflets lumineux de l’original.

PICASSO, DETRUIRE POUR MIEUX RECONSTRUIRE

« Pour moi, il n’y a pas de passé ni d’avenir en art. Si une œuvre d’art ne peut vivre toujours dans le présent, il est inutile de s’y attarder. L’art des Grecs, des Egyptiens et des grands peintres qui ont vécu à d’autres époques n’est pas un art du passé ; peut-être est-il plus vivant aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. »

INTERIEUR HOLLANDAIS I, JUAN MIRO (1928, MoMA New York)

Que l’artiste le reconnaisse ou non, une toile vierge de toutes références n’existe pas. Les artistes réinterprètent encore et toujours la tradition picturale avec un nouveau langage plastique. Miró comme d’autres peintres du XXe siècle (Picasso, Bacon) se confronte ainsi aux maîtres anciens.

Une référence : les maîtres hollandais

En mai 1928, Miró entreprend un voyage de deux semaines en Belgique et en hollande. Il est très vite fasciné par la peinture flamande, par le monde d’objets que cette peinture révèle. Il est sensible à cette perception de l’intime qu’offrent les peintres flamands du XVIIe siècle.
De retour à Paris, il se met à copier ces œuvres à sa façon. Intérieur hollandais I reproduisant Le joueur de Luth de Sorgh (conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam) a ainsi été peint d’après une carte postale fixé sur son chevalet.